"Roanne fait son cirque" Créée à l’initiative de passionnés, l’école du cirque de Roanne est en train de créer des émules. Pas sérieux, s’abstenir...
C’est sous ce titre et cette introduction que le journal Le Progrès relate en octobre 1997 la création de l’École de Cirque de Roanne.
René Suchail tient depuis quatorze ans un magasin de jouets dans la rue piétonne de Roanne. Chaque semaine, derrière sa banque, René Suchail attend avec impatience la tombée de la nuit des mercredis et jeudis. Ces deux jours-là, ce sexagénaire troque son costume pour se rendre à l’école du cirque qu’il a créée, il y a un mois, avec d’autres passionnés. C’est sa bouffée d’oxygène à lui.

Il voulait s’assurer une activité qui le séduirait, le temps de la retraite René Suchail n’a pas résisté à l’appel des sirènes du cirque venue. Cela fait un an qu’il devrait avoir cessé son activité professionnelle. Las, depuis trois ans, tous les personnages, tous les jouets, tous les petits trains de son magasin partagent sa peine : aucun repreneur ne s’est présenté au portillon. Alors, en attendant, René Suchail continue, pendant la journée, à partager leur compagnie. Mais les balles, les diabolos, les massues, les monocycles lui faisaient trop d’appel du pied... Et les clowns et les danseuses figés en mobiles de bois lui prouvaient trop leur allégresse. Il faut dire que chez René Suchail, les consoles et animaux virtuels n’y ont pas leur place. Tous les jouets ici ont comme une âme. "Ils font grandir vers les autres plus qu’ils n’enferment sur soi même" résume le commerçant. C’est comme ça qu’a germé l’école du cirque. Une école qu’il voulait pour tous les jeunes, pour ceux de la rue et ceux des appartements confinés. Une école pour permettre aux enfants de se faire plaisir en s’astreignant à des efforts, "parce que la vie est comme ça, on n’a rien sans rien. Mais quel plaisir et quelle joie ensuite ... ". Depuis quelques années déjà, les poupées et les marionnettes rangées sur les étagères, admiraient les progrès du commerçant qui s’entraînait tout seul derrière son étal.
Dès qu’un client entrait, tout le magasin retrouvait son sérieux et les balles de jonglage, leur tiroir. Parfois les marionnettes n’avertissaient pas René Suchail. Et quelques clients le surprenaient. C’étaient des clients particuliers : ils voulaient eux aussi une école du cirque.

Comme René croyait de plus en plus à son idée, partagée par d’autres, il a demandé une étude de marché aux étudiants de l’IUT de Roanne. Celle-ci s’est avérée carrément encourageante. Alors, en janvier, il a réuni les passionnés pour une première réunion. En mai, les statuts ont été déposés. Et puis, depuis un mois, l’école tourne à plein régime avec des groupes de seize personnes...
Le plus difficile a consisté à trouver des locaux. Tout d’abord, ses recherches se sont orientées vers de grands ateliers textiles en friche. Mais le coût de rénovation était trop important. Finalement, des plages horaires au gymnase sud du stade Malleval ont pu être obtenues. La cinquantaine d’adhérents se répartit entre l’atelier d’entraînement du mercredi et celui du jeudi soir. Des cours avec Mathieu Chabanne, étudiant stéphanois à Grenoble, titulaire d’un BAFA cirque, sont donnés le samedi en deux séances. René Suchail aimerait bien qu’un atelier libre soit planté ensuite jusqu’à 19 heures ce jour-là, même s’il ne peut pas y participer parce qu’il doit tenir son magasin, carence de repreneur oblige. Une liste d’attente de personnes intéressées vient d’être ouverte.

Tout le matériel de jonglage est à disposition. Il manque certes un trampoline et quand l’effort devient art un trapèze pour que l’école du cirque de Roanne prenne une autre dimension. Mais alors, cela impliquerait un changement de locaux... Pour l’heure, les projets concernent simplement, et c’est déjà beaucoup, la prévision de stages - avec la venue à Roanne de professionnels du cirque - pour les vacances de février. Ensuite, mesdames et messsieurs, le spectacle pourra commencer. En juin et pour une nouvelle année, avec sans doute beaucoup d’inscrits supplémentaires, en septembre...
L.B.
(Photos : Philippe Trias)